Des biobankers au service de la recherche biomédicale

 

GEORGES DAGHER
Directeur de l’infrastructure BIOBANQUES

"Au sein de BIOBANQUES, mon défi au quotidien est de coordonner tous les moyens. C'est un travail passionnant."

 

Enfant, il hésitait entre une carrière de pianiste ou de chercheur. À 15 ans, Georges Dagher se décide, ce sera la recherche. Il accomplit l'essentiel de sa carrière dans la recherche physiopathologique et clinique. Aujourd’hui, c’est depuis le quartier historique Charcot, à l’hôpital Pitié-Salpêtrière, que le biobanker coordonne l’infrastructure BIOBANQUES.

Dans son bureau, de grandes et belles photographies couvrent les murs. Adjani, Grace Kelly, encadrées en noir et blanc, semblent veiller sur l’homme qui a décidé de s’atteler aux grands défis de la recherche biomédicale. Après avoir obtenu son doctorat en France, Georges Dagher traverse la Manche pour accomplir son post-doc au réputé Physiological Laboratory de Cambridge. Nous sommes au début des années 80, et le jeune chercheur passionné est à l’aube d’une carrière prometteuse. En Grande-Bretagne, il découvre un environnement scientifique stimulant qui le marquera à jamais : « J’ai été profondément marqué par la culture anglaise de la recherche. C’est, par exemple, l’endroit où j’ai travaillé le moins longtemps, mais où j’ai produit le plus de résultats ». Après de premières découvertes encourageantes, publiées dans de prestigieuses revues scientifiques, « les portes se sont ouvertes facilement », se souvient Georges Dagher. Le chercheur est invité plusieurs mois à l’université de Harvard, puis effectue de nombreux séjours aux Etats-Unis, dans diverses universités, comme la Cleveland Clinic.

« Des échantillons de mauvaise qualité donnent des résultats de mauvaise qualité »

De retour en France, Georges Dagher travaille dans le domaine de l’hypertrophie artérielle, puis dans le domaine de l’obésité au Collège de France, entre autres. Lorsqu’il rejoint le siège de l’Inserm, en 2006, le chercheur s’intéresse rapidement à un sujet qui était alors peu investi : les biobanques. Un comité consultatif pour les centres de ressources biologiques était déjà formé, par Bruno Clément, notamment, mais de nombreux défis restaient à mener. « C’est un sujet où se pose un défi majeur en terme de santé, détaille Georges Dagher, Presque tout notre savoir vient de l’étude des composants de la cellule et, aujourd'hui, l’étude de notre ADN permet une compréhension combien plus précise des maladies. Ainsi, la qualité de ces composants est fondamentale pour la recherche. Ils doivent être collectés et conservés de façon adéquate, car des échantillons de mauvaise qualité donnent des résultats de mauvaise qualité ».

« Il faut compter de 30 à 50 ans pour rassembler des dizaines de milliers de patients dans le cadre d’une étude sur le cancer » 

Depuis lors, Georges Dagher, devenu le directeur de BIOBANQUES, met ses nombreuses années d’expérience, et sa brillante carrière, au service de la coordination de l’infrastructure. Il faut dire que le biobanker est un habitué de ce type de responsabilité. Il est ainsi, depuis quelques années, le délégué de plusieurs institutions françaises auprès de comités européens et internationaux. « Mon rôle de coordinateur me suit et me poursuit », commente dans un sourire le Biobanker, avant de citer Beckett : « Sur moi, ma vie qui fuit me poursuit / Et finira le jour de son commencement ».

Ainsi, ce passionné de science (mais aussi de photographie et d’anthropologie) passe son temps à expliquer, encore et toujours,les défis majeurs que relèvent aujourd’hui la recherche biomédicale : « Encore ce matin, je présentais l’infrastructure à une grande institution, relate Georges Dagher. Je leur disais que, pour mener à bien une étude clinique, il faut absolument recruter un grand nombre de patients venant d’une zone géographique très large. Par ailleurs, des études ont estimé qu’il faut des dizaines d’années pour recruter un nombre suffisant de sujets, pour une seule recherche, raconte le chercheur. Par exemple, il faut compter de 30 à 50 ans pour rassembler des dizaines de milliers de patients dans le cadre d’une étude sur le cancer ». Il n’est plus possible aujourd’hui de se cantonner au niveau d’un hôpital, voire d’un seul pays pour collecter les échantillons. « Il nous faut recruter dans plusieurs centres et dans plusieurs pays pour mener à bien nos recherches », conclue le biobanker.

 

BRUNO CLÉMENT
Biobanker

« On est dans l’ère du "big data", comme on dit, c’est-à-dire qu’on crée beaucoup de savoir qu’il faut maintenant organiser »

Bruno Clément est biologiste cellulaire et moléculaire. Ce passionné de recherche biomédicale est aujourd’hui le directeur scientifique de l’Infrastructure BIOBANQUES. Pour Bruno Clément, le projet BIOBANQUES s’inscrit dans une tradition séculaire de recherche et de compilation des connaissances. Ce n’est pas un hasard si l’homme de 58 ans s’est vu décorer de la légion d’honneur en 2002 pour son implication exemplaire dans le développement de programmes de recherche.

Lorsqu’on demande au biologiste de nous expliquer l’origine de sa vocation, celui-ci est presque étonné d’une telle question. Il cherche les bons mots, ceux qui exprimeraient au mieux sa pensée, puis finit tout simplement par admettre : « Je n’aurais pas pu faire autre chose, voilà tout ». « Fouineur et curieux », comme il se définit volontiers lui-même, le jeune chercheur entame ses études à Nantes, puis à Rennes. Une fois son doctorat en poche, il s’envole pour les Etats-Unis. C’est aux National Institutes of Health (NIH) qu’il va parfaire pendant 3 ans sa formation. De retour en France, il rejoint l’Inserm et est rapidement chargé de diriger des équipes de plusieurs personnes. « J’aimais le côté organisationnel, confie Clément, essayer de réfléchir constamment à comment améliorer les choses ». C‘est donc presque naturellement que le biologiste, spécialiste du foie, est appelé en 1999 par le ministère de Claude Allègre afin de réfléchir au développement de la Loi sur l’Innovation et la recherche. Il s’engage ainsi au plus près des réflexions sur le développement d’un programme national pour les biobanques.Bénéficiant du cadre de l’Inserm, Bruno Clément et d’autres spécialistes commencent ensemble à réfléchir à un projet national de BIOBANQUES. « Nous nous sommes posés très simplement la question : comment pouvons-nous mieux faire ? C’est-à-dire, comment pouvons-nous trouver de nouvelles cibles thérapeutiques, de nouveaux marqueurs de maladies et ainsi de nouveaux médicaments ? Pour cela, il nous a semblé primordial de mutualiser nos connaissances et de favoriser des partenariats entre toutes les biobanques françaises. Il faut mettre ensemble nos connaissances et rendre la vie plus facile à la recherche ».

« Il est essentiel d’optimiser la recherche »

Soucieux de réfléchir aux moyens d’optimiser la recherche en France, Bruno Clément a occupé de très nombreuses fonctions dans les instances scientifiques et de gestion de la recherche. Il fut distingué par de nombreux prix et décoré, en 2002, de la légion d’honneur pour son dévouement et son implication dans le développement de la recherche biomédicale en France. Membre de plusieurs comités de réflexion, Bruno Clément avoue être particulièrement sensible aux questions d’éthique des biobanques. « En France, nous nous trouvons dans une tradition sociétale et éthique bien particulière, directement issue du siècle des lumières et de nos grands philosophes. Cette conception est importante et fonde aujourd’hui beaucoup notre rapport à la science », explique Bruno Clément.
C’est au fil des années et de sa présence sur le terrain, au cœur des milliers d’échantillons biologiques, que le biologiste prend conscience des nombreux aspects qui pourraient être améliorés. « Les  biobanques ne sont pas que des congélateurs, c’est avant tout une organisation humaine. Du chirurgien, du biologiste, du clinicien, de l’anatomopathologiste, du technicien, du chercheur, une longue chaîne humaine travaille au bénéfice du patient ». Aujourd’hui directeur scientifique de l’Infrastructure BIOBANQUES, Bruno Clément entend, comme il l’a fait pendant des années, à l’international et en France, continuer à développer sa vision de la recherche. « L’importance de BIOBANQUE c’est l’importance de la recherche biomédicale », conclue le biologiste.

PAUL HOFMAN
Biobanker

« BIOBANQUES peut permettre à des projets de recherche d’exister dans l’avenir »


Le Pr Paul Hofman est anatomopathologiste au sein du centre hospitalier universitaire de Nice et responsable de la tumorothèque du Cancéropôle de la région PACA. Cet azuréen de 56 ans occupe avec son équipe le devant de la scène scientifique depuis la publication dans la revue scientifique américaine « Plos One », le vendredi 31 octobre 2014, de l’annonce d’une avancée majeure dans le dépistage du cancer du poumon.

La communauté scientifique a depuis plusieurs semaines les yeux rivés vers les hauteurs du pays niçois. C’est ici, dans cette biobanque du CHU de Nice spécialisée dans les tumeurs, que le Pr Hofman et son équipe de onze personnes viennent de prouver l’efficacité d’un test de dépistage précoce du cancer du poumon. « Notre test s’adresse aux populations à hauts risques, explique le pathologiste, c’est-à-dire chez des patients fortement tabagiques présentant une maladie pulmonaire appelée la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) ». Au moyen d’une simple prise de sang, le processus mis au point par le Pr Hofman permettrait de dépister un cancer du poumon des mois, voire des années avant qu’il ne soit visible avec des techniques classiques d’imagerie. Le cancer du poumon, l’un des plus meurtriers, est souvent diagnostiqué trop tard, alors que la maladie est bien installée.

Aujourd’hui sous les feux des projecteurs, Hofman a commencé sa carrière en tant que cancérologue, avant de se tourner vers la pathologie et la biologie moléculaire. A 34 ans, le praticien rejoint les bancs de la prestigieuse Harvard Medical School de Boston et commence à s’intéresser, comme de nombreux autres chercheurs, à l’étude des cellules tumorales circulant dans le sang. « Des études menées sur les souris démontrent que ces cellules sont de véritables sentinelles du cancer, explique Hofman, elles permettent de détecter avec une forte probabilité la présence d’une tumeur dans l’organisme ».

Après plusieurs années passées aux Etats-Unis, le Niçois se réinstalle près des bords de sa Méditerranée natale. Dans son laboratoire, entouré de sa femme, chercheuse dans l’équipe qu’il dirige, et de ses deux enfants, le pathologiste travaille en « monomaniaque », comme il l’avoue lui-même, à la découverte qui le fera connaître quelques années plus tard. Au moyen d’une technique de filtration du sang appelée ISET (Isolation by Size of Epithelial Tumor cells), et mise au point en 2000 par Patrizia Paterlini-Bréchot, hémato-oncologue à l’hôpital Necker à Paris, le Pr Hofman et son équipe étudient pendant cinq années (de 2008 à 2013) un groupe de 245 patients. Chez cinq de ces patients, des cellules tumorales sont mises en évidence alors même que l’imagerie par scanner ne laissait rien paraître.

Ce test sanguin est une première mondiale et suscite un immense espoir pour la recherche biomédicale moderne, « mais le travail ne fait que commencer, tempère Hofman. Le concept a fait ses preuves mais il faut être prudent, il reste maintenant à le valider statistiquement. L’étude préliminaire doit être vérifiée à plus large échelle ». Des levées de fonds sont actuellement en cours et devraient permettre de réaliser un essai sur près de 500 patients. « Aujourd’hui, le laboratoire est sous les feux de la rampe mais je me méfie du caractère très éphémère du buzz, c’est dans la durée qu’il faudra nous accompagner », s’inquiète le pathologiste.

Il fait déjà nuit à Nice, le soleil s’est couché depuis longtemps, mais le chercheur doit encore passer quelques coups de fils. « Je dois prendre mon bâton de pèlerin et aller frapper aux portes », plaisante t-il. « Il est très important pour nous qu’une Infrastructure telle que BIOBANQUES existe, enchaîne t-il plus sérieusement, ainsi nous allons pouvoir mettre en relation la biobanque du CHU de Nice avec les autres biobanques françaises pour valider nos résultats. BIOBANQUES peut permettre à des projets de recherche d’exister dans l’avenir », conclue le pathologiste.

 
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BIOBANQUES, INSERM US013

Hôpital de la Salpétrière

47, bd de l'Hôpital - 75651 Paris Cedex 13

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